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EXHORTATION ASSEMBLEE GENERALE 2010

27 juillet 2010

Exhortation rédigée par le père Georges Colomb, élu Supérieur Général des Missions Etrangères de paris.

 EXHORTATION ASSEMBLEE GENERALE 2010

Georges Colomb, supérieur général des MEP

 Chers confrères,


L’heure est venue pour nous de clôturer cette Assemblée Générale qui après une semaine de retraite en abbaye nous a réunis ici, durant trois semaines, dans notre maison mère de la rue du Bac. Nous allons nous séparer mais en même temps nous sentons bien qu’après cette expérience intense de prière, de travail, de passion parfois et de fraternité, nous sommes devenus plus proches les uns des autres et nous avons une conscience plus profonde du corps ecclésial missionnaire auquel nous appartenons.

La plupart d’entre vous allez maintenant retrouver ces peuples et ces Eglises d’Asie et de l’océan Indien auxquels le Seigneur vous a consacrés. Vous le ferez pour être plus fidèlement encore les témoins de l’Evangile en ces contrées que nous avons évoquées ensemble au cours de nos travaux. Ces peuples et ces Eglises, nous les aimons d’un amour unique et nous mesurons, avec beaucoup de gratitude, tout ce que nous leur devons. Notre prière est habitée par les visages de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, qui sont devenus nos frères et nos compagnons d’existence. Nous pensons tout particulièrement à ceux qui nous ont marqués par leur courage face à l’adversité, par la sainteté de leur vie, par leur amour de l’Eglise, et leur fidélité et nous ne cessons d’en rendre grâce à Dieu.

En revenant dans vos pays de mission, vous allez retrouver chacun de nos confrères qui nous ont intensément accompagnés spirituellement durant ces jours et dont les visages ne nous ont pas quittés. Nous avons pensé aux plus anciens d’entre eux qui, avec une fidélité remarquable, continuent leur mission après avoir connu tant et tant de changements durant leur vie. Nous avons aussi à l’esprit nos plus jeunes confrères qui viennent d’arriver en mission et qui connaissent l’enfouissement parfois rude des débuts – surtout lors de la période d’apprentissage des langues et des cultures. Avec eux, nous plaçons beaucoup d’espérance dans ce qu’il leur sera donné de vivre en Asie et dans l’océan Indien. A chacun, dites que nous avons voulu, dans cette assemblée, œuvrer pour que, soutenus par la Société, ils soient renouvelés dans l’enthousiasme et le zèle missionnaires.

Moi-même, avec les conseillers que vous m’avez donnés, nous nous ferons l’écho de cette assemblée auprès de nos confrères de l’Administration Générale, auprès des anciens de la diaspora et de ceux de nos maisons de retraite à Lauris et à Montbeton. Nos aînés soutiennent notre mission par la prière et l’offrande de leurs souffrances physiques et celles qui résultent du déchirement d’avoir dû quitter leur peuple d’élection. Nous témoignerons aussi de cette Assemblée auprès de nos séminaristes que nous allons retrouver d’ici peu pour la traditionnelle session de rentrée au début du mois de septembre. Nous ne manquerons de parler de ce temps fort à tous ceux dont nous croiserons le chemin.

Oui, chers confrères, ce furent de beaux jours que nous avons vécus ici. Comme les premiers vicaires apostoliques à Ayuthaya, nous avons voulu nous mettre à l’écoute de l’Esprit. Nous avons lu avec réalisme le présent de notre Société qui, dans un regard purement humain, pourrait sembler bien fragile comme bien des réalités de l’Eglise aujourd’hui en Occident. Mais ce présent, nous avons voulu le lire dans toute son extension et dans toute sa profondeur et pour cela il nous a fallu être guidés par l’Esprit pour savoir ouvrir les yeux. Rappelez-vous cette splendide parole du prophète Isaïe : « Ne vous souvenez plus des événements anciens, ne pensez plus aux choses passées, voici que je vais faire une chose nouvelle, déjà elle pointe, ne la reconnaissez-vous pas ? » (Is 43, 18-19). Surtout, nous avons imploré l’Esprit Saint dès le premier jour de notre Assemblée pour qu’il nous brûle de son audace et nous donne ce supplément d’âme qui est la plus belle signature de son action en nous.

Cette écoute fidèle de l’Esprit a marqué les travaux et le message final de cette assemblée qui seront bientôt publiés et envoyés à chaque confrère. Je souhaiterais que ce document ne soit pas trop vite classé ou rangé dans nos bibliothèques. J’aimerais que nous puissions y revenir régulièrement pour voir comment tous ensemble nous avons donné chair à toutes les intuitions que nous avons reçues durant ce mois de juillet 2010. En faisant ainsi, nous prendrons la mesure de cette histoire sainte que le Seigneur accomplit dans l’humilité de notre Société et nous la rattacherons à ces 350 ans qui nous précèdent.

Permettez-moi d’ailleurs, plus que de revenir sur chacune de nos orientations ou décisions, de faire mémoire ici d’un événement récent que beaucoup d’entre nous avons vécu. Je veux parler de la messe d’action de grâce à Notre-Dame le 8 juin 2008. Ce jour fut le sommet de ce grand travail de mémoire sur notre histoire que nous avons entrepris grâce à toi, cher Jean-Baptiste, et qui nous a fortifiés dans notre vocation missionnaire. Durant cette splendide eucharistie présidée par le Cardinal André Vingt-Trois accompagné de nombreux évêques français et en présence du Cardinal Ivan Dias, préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, porteur du message du Pape Benoît XVI, nous avons pu contempler très concrètement, dans la personne des cardinaux et évêques asiatiques ainsi que par la présence de nombreux fidèles laïques originaire des pays où nous servons, la fécondité que le Seigneur a donnée à notre Société. Chacun de ces pasteurs était la présence vivante de ces peuples qui nous ont accueillis et auxquels l’Evangile a été annoncé. Chacun d’entre eux était le vivant visage de ces Eglises auprès desquelles nos prédécesseurs ont eu le privilège de servir aux premières fondations. Oui qu’il était beau, dans cette longue procession d’entrée qui remontait la nef de la cathédrale, de contempler l’histoire de notre Société et de découvrir une partie de l’étonnant rayonnement de l’Eglise de France qui n’a jamais refusé de se détacher de certains de ces fils afin de partager le don spirituel qu’elle a reçu depuis plus de 15 siècles.

Dans cette célébration solennelle, alors que Notre-Dame et son parvis étaient remplis de fidèles et d’amis, nous avons aussi mystérieusement senti la présence des quelque 4300 missionnaires qui nous ont précédés. Nous connaissons bien le nom de certains d’entre eux, en particulier ceux qui ont reçu l’honneur des autels par leur martyre, comme Saint Gabriel Taurin - Dufresse, Saint Auguste Chapdelaine et Saint Jean-Pierre Néel dont nous avons fait mémoire il y a quelques jours. Mais nous savons que les noms de tous sont inscrits dans les cieux. Chacun est un maillon de cette aventure des Missions Etrangères. Ils ont accepté de s’effacer devant les jeunes confrères qui les ont rejoints et surtout devant les chrétiens d’Asie qui ont grandi dans la foi et ont pris l’entière responsabilité de leurs Eglises.

Même si nous ne pouvons retenir chacun de leurs noms, nous ne voudrions jamais oublier leurs épreuves et surtout leur fidélité à la mission reçue. Garder de cette façon leur souvenir, c’est payer un peu de la dette que nous avons à leur égard et nous rendre capables de communier à leur espérance – en particulier pour l’avenir de notre Société.

Rappelons-nous quel est le nombre des missionnaires qui arrivèrent sains et saufs en Thaïlande quand les premiers vicaires apostoliques purent se retrouver sans Mgr Cotolendi qui succomba en Inde ! Combien étaient les membres de notre Société au sortir de cette Révolution Française qui voulut anéantir, sans y parvenir, l’Eglise en France ? Laissez-moi vous demander comment il se fait que tant d’eux pendant ces 350 années aient pu traverser les ravins de la mort ? Comment ont-il pu continuer à marcher et à repartir dans de nouveaux pays ces confrères qui dans les années 1970 ont vécu une à une les tragédies de l’Asie ? Nous avons d’ailleurs la grâce d’être aujourd’hui encore entourés par certain d’entre eux et d’être ainsi renouvelés dans cette espérance indéfectible qu’ils ont manifestée envers le Seigneur. Car ce serait insulter la mémoire et le sacrifice de tous ces confrères qui nous ont précédés que de nous complaire aujourd’hui dans la logique de la désespérance, dans la frayeur devant les statistiques sur la moyenne d’âge de nos confrères et la rhétorique du déclin comme pourraient le faire les adeptes de l’auto-flagellation et les maîtres du doute ! Au contraire nous discernons dans l’incertitude sur notre avenir et l’itinérance à laquelle certains sont appelés, le signe d’une véritable vocation missionnaire, d’une fidélité à l’esprit de nos fondateurs du XVIIème siècle, le signe des temps nouveaux et d’un appel de l’Esprit pour la mission au XXIème siècle !

Nous voulons puiser cette espérance dans ce passé dont nous sommes fiers tout en étant modestes et humbles parce que nous savons que nous avons la fragilité des vases d’argiles, que nous sommes uniquement soutenus par la miséricorde de Dieu qui nous invite à suivre son Fils dans l’humilité de la kénose. Nous voulons puiser cette espérance dans le passé, mais aussi dans le futur. En effet, cette espérance pour l’avenir de notre Société n’est pas une idée, un rêve ou un slogan dont userait à tort et à travers le nouveau supérieur général pour cacher la réalité des choses. Cette espérance est pour nous réalité – elle plonge ses racines dans la promesse du Seigneur et la mission reçue de l’Eglise et elle s’incarne dans le visage des jeunes qui nous rejoignent avec confiance et avec un enthousiasme qui n’est pas béat, mais qui est le fruit de leur foi et de la charité. A ces jeunes nous adressons un appel et la perspective de l’ouverture d’une propédeutique missionnaire ou d’un foyer vocationnel dans notre maison sera pour eux un signe. N’oublions pas de porter dans notre prière les huit jeunes séminaristes français qui pourraient être ordonnés prêtres en 2010 !

Nous avons parlé de ces jeunes hommes qui sont aujourd’hui une grande grâce que Dieu nous fait. Chacun d’entre eux est unique et c’est pour eux aussi que nous avons voulu consacrer cette Assemblée Générale. Comme l’ont fait ces 4300 confrères dont je viens de faire mémoire, nous voudrions coopérer joyeusement avec eux. Nous voudrions n’avoir que le bonheur de leur transmettre cette vocation magnifique que nous avons reçue dans l’Eglise au service des peuples et des Eglises d’Asie et de l’océan Indien. Nous voudrions que leur vie connaisse le même élargissement incroyable que notre vie a connu. Nous voudrions qu’ils soient remplis de la joie que nous avons reçue – et même davantage ! Nous voudrions qu’ils découvrent la beauté et la force paisible et douce de Dieu comme nous avons pu la lire dans le cœur et comme nous avons pu la voir sur le visage des chrétiens d’Asie, dans le sourire d’un enfant innocent ou celui d’un vieil homme fidèle. Nous voudrions qu’ils soient stupéfaits comme nous le sommes devant la profondeur, la hauteur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu pour tout homme.

Bien sûr, aujourd’hui, nous n’avons pas beaucoup de sécurités à leur offrir et en ce sens ils retrouvent les sentiers resserrés qu’empruntèrent nos premiers missionnaires. Ils devront tracer de nouveaux chemins qui les mèneront à renoncer à un certain confort spirituel et humain. Mais l’unique sécurité sur laquelle ils pourront toujours s’appuyer, c’est d’abord la fidélité du Seigneur et ensuite notre affection fraternelle et la confiance que nous leur manifesterons – cette confiance qui donne des ailes à ceux qui n’ont pas peur de se lancer dans l’inconnu. A chacun de ces jeunes, en cette exhortation qui clôture notre Assemblée, nous voudrions dire : Allez ! Nous vous faisons confiance ! Allez ! La mission n’est pas finie : elle en est à ses débuts ! Poursuivez le pont commencé ! Allez porter l’Evangile à tous et en premier lieu aux plus pauvres de vos frères ! Donnez-vous à tous sans exception ! Soyez les humbles serviteurs de notre Eglise en Asie et dans l’océan Indien ! Partagez le don spirituel que vous avez reçu ! Partez avec de l’audace, avec cette audace que seul l’Esprit Saint peut donner ! Vous êtes des fils de l’Eglise et des frères de tout homme !

Chers confrères, cette espérance renouvelée dont nous sommes emplis à la fin de cette Assemblée Générale n’est pas utopie, elle repose sur une connaissance de l’état de notre Société examiné à la lumière de son histoire, de ses manques, de ses misères, mais aussi de ses sursauts. Cette espérance repose surtout sur l’intercession des saints martyrs ainsi que sur la prière des chrétiens d’Asie et de l’océan Indien et sur la fraternité qui nous unit avec eux en une même et grande famille. Cette espérance, nous pouvons l’offrir au successeur de Pierre, le Pape Benoît XVI en reprenant les paroles de son prédécesseur Alexandre VII au sujet de l’Extrême Orient « la moisson est abondante dans ces champs si fertiles » et pour cette moisson il nous faut des ouvriers. Nous vivrons et communiquerons cette espérance si chacun d’entre nous s’engage de façon renouvelée à se donner toujours plus à la mission qu’il a reçue de l’Eglise. En repensant aux mots que le Saint – Père nous adressait pour nos 350 ans, je voudrais insister sur la fidélité toujours plus grande à notre vie de prière. Comment pourrions-nous être les témoins de la nouveauté du Christ, si nous ne nous engagions pas dans une rencontre toujours plus profonde avec lui en suivant l’exemple admirable de Mgr Lambert de la Motte ? Malgré le poids des années, malgré les épreuves et les déserts traversés, que chacun considère, comme le cœur et la source de son action apostolique, sa vie de prière personnelle et communautaire – en particulier la prière du bréviaire et la célébration quotidienne de l’eucharistie avec nos communautés ou, si c’est impossible, seuls, comme l’ont vécu de nombreux missionnaires qui nous ont précédés. C’est uniquement de cette façon que nous pourrons rester fidèles, que nous serons féconds et que nous serons disponibles à l’œuvre que l’Esprit veut accomplir à travers nous.

Moi qui me tiens désormais parmi vous à la place du serviteur et dont la mission à votre égard est avant tout spirituelle, c’est à cet Esprit que je voudrais tous vous livrer au moment où notre Assemblée Générale se termine. Qu’il renouvelle en nous la grâce conférée au jour de notre ordination sacerdotale ! Qu’il nous entraîne toujours plus loin sur les chemins de l’Asie et de l’océan Indien ! Et surtout, qu’il continue d’agir durant les années à venir en notre Société des Missions Etrangères pour la gloire de Dieu et le salut des hommes sous le regard maternel de la Sainte Vierge Marie.

Bonne route à vous dans le souffle de l’Esprit, vive la joie !

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