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Les Missions Etrangères de Paris, 350 ans d'aventure, de foi et de service

En 350 ans, les Missions Etrangères de Paris ont contribué à l'évangélisation de nombreux pays d'Extrême-Orient : la Thaïlande, le Vietnam, la Chine, le Cambodge, l'Inde, le Laos, le Japon, la Corée, la Malaisie, Singapour, la Birmanie. Au XXe siècle, elles ont envoyé des prêtres et confesseurs de la foi, dont 23 sont canonisés. Aujourd'hui encore, les Missions Etrangères de Paris continuent de prendre part à l'annonce de la Bonne Nouvelle, en envoyant en Asie et dans l'océan Indien des prêtres missionnaires à vie. Une vingtaine de séminaristes se préparent actuellement à s'engager à leur suite.

HISTOIRE DES MEP

 

XVIIème siècle : La création des Missions Etrangères de Paris
La Société des Missions Etrangères est née au XVIIe siècle du désir de certains milieux du clergé séculier français de prendre une part active à l'apostolat missionnaire dans les pays lointains, jusque-là réservé aux congrégations religieuses, et en même temps de la volonté de la papauté de reprendre la direction des missions catholiques, concédée aux rois de Portugal et d'Espagne, lors des grandes explorations maritimes du XV°siècle. Cet enthousiasme pour les missions est stimulé par l'arrivée à Rome, en 1649, du jésuite Alexandre de Rhodes, qui vient plaider pour l'établissement d'évêques au Tonkin et en Cochinchine afin de promouvoir en ces pays le développement d'un clergé indigène, seul capable d'assurer la survie des communautés chrétiennes.
En 1653, Alexandre de Rhodes va porter son message en France. Sa plaidoirie pour l'envoi d'évêques en Asie est entendue et remporte un franc succès près du clergé de Paris. Les membres de la Compagnie du Saint Sacrement, qui depuis longtemps désirent collaborer à l'oeuvre missionnaire, décident de leur côté de mettre leur influence et leurs ressources au service de ce projet. Des suppliques sont adressées aux papes Innocent XI et Alexandre VII.
Quatre évêques sont enfin nommés et envoyés en mission, avec le titre de vicaires apostoliques, en toute indépendance des puissances coloniales : Mgr François de Laval Montmorency est envoyé au Canada, où il va devenir le premier évêque du Québec.
Les trois autres partent vers l'Asie. Mgr François Pallu est chargé du Tonkin, Mgr Pierre Lambert de la Motte, de la Cochinchine, Mgr Ignace Cotolendi, des provinces méridionales de la Chine et de la Tartarie.
Ils partent en 1660 et 1661 et vont s'établir au Siam, pays de tolérance religieuse, en attendant l'occasion de pouvoir pénétrer, dès qu'ils en auront la possibilité, dans les régions auxquelles ils sont destinés.
Tout en continuant leur action missionnaire en Asie, les vicaires apostoliques pensent aussi au recrutement du personnel de la nouvelle Société des Missions Etrangères. En 1663, ils vont recevoir de l'Abbé de Saint-Germain l'autorisation d'ouvrir un séminaire rue du Bac pour la formation des futurs missionnaires, et obtenir du roi Louis XIV l'octroi des lettres patentes, accordant la reconnaissance légale du Séminaire.

XVIIIème siècle : Un siècle en demi-teinte
Créée au XVIIe siècle pour répondre à un besoin spécifique de l'Extrême Orient, et plus particulièrement du Tonkin et de la Cochinchine, la Société des Missions Étrangères va continuer d'envoyer dans ces pays le plus grand nombre de ses prêtres au cours du XVIIIe siècle. Pendant cette période, la religion catholique est rarement autorisée et le plus souvent interdite, des périodes de persécution alternant avec des temps de tolérance. Le séjour des missionnaires dans ces royaumes est toujours placé sous le double signe du danger et de la précarité, et quand ils sont tolérés à la Cour, ils doivent cet avantage plus à leur qualité d'étrangers qu'à leur état de religieux.
De grands missionnaires vont jouer cependant un rôle important au cours du XVIIIe siècle, notamment Mgr Néez, qui pendant 42 ans gouverna l'Église du Tonkin, Mgr Davoust qui joua de toute son influence pour permettre à la Société de survivre dans cette période difficile, Mgr Champion de Cicé, évêque de Siam, qui favorisa l'essor du célèbre Collège général d'Ayuthaya. Mais le plus connu de tous fut sans doute Mgr Pigneaux, évêque d'Adran, qui assuma la charge de vicaire apostolique de Cochinchine pendant 29 ans. Il espérait convertir son ami, Nguyên Anh, le futur roi Gialong, et par lui, amener toute la Cochinchine à la foi catholique. Il accepta pour cela d'être son ambassadeur auprès du roi Louis XVI. Il vint en France, accompagné du fils de Nguyên Anh, le prince Canh, qui n'avait alors que 5 ans et demi, et fut signataire du traité de 1887 entre la France et la Cochinchine. Quand il mourut en 1799, le roi Gialong, lui-même, fit son éloge funèbre et lui fit édifier un riche mausolée, mais le fondateur de la dynastie des Nguyên ne devait pas pour autant amener son pays à la conversion.
Pendant la Révolution française, le Séminaire des Missions Etrangères fut pillé et vendu, et le recrutement de nouveaux missionnaires devint impossible. Racheté par ses anciens directeurs, le Séminaire fut provisoirement rétabli en 1805, mais il ne put vraiment fonctionner qu'après la chute de l'Empire et l'ordonnance de 1823, qui reconnut son existence légale.

XIXème siècle : La renaissance et l'essor
La Société des Missions Etrangères va dès lors connaître un grand développement. Les vocations pour les missions vont devenir de plus en plus nombreuses. Dans le dernier quart du XIXe siècle, quarante ou cinquante missionnaires partiront chaque année vers les missions d'Asie. Le champ de travail de la Société va s'agrandir d'autant. Après le Siam, le Tonkin, la Cochinchine, et quelques régions du sud de l'Inde, le Saint-Siège confie successivement à la Société les nouvelles missions de Corée, du Japon, de Mandchourie, de Malaisie, de Birmanie, du Tibet et de l'Assam. En moins d'un siècle, sous les pontificats des papes Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII, les Missions Etrangères vont ouvrir 37 nouveaux vicariats apostoliques.
Pendant toute cette période, des missionnaires éminents se sont fait remarquer par leur courage ou leur zèle apostolique. Parmi les plus connus on peut citer :
Mgr Bonnand, qui n'hésita pas à traverser l'Inde en charrette à boeufs pour porter la bonne parole, Jean-Pierre Chopard, le vaillant apôtre des Nicobar, Jean-Marie Beurel, fondateur de l'Eglise singapourienne, Mgr Pallegoix qui entretint des relations privilégiées avec le roi Mongkut et rédigea le célèbre dictionnaire siamois-latin-français-anglais, Mgr Retord, surnommé l'évêque du maquis, qui vécut toute sa vie dans l'insécurité et mourut dans une cabane au milieu des forêts du Tonkin, Pierre Dourisboure, principal fondateur de la rude mission des "sauvages" Bahnar, Mgr Guillemin, premier préfet apostolique de la mission du Kouang-tong et du Kouang-si et constructeur de la cathédrale de Canton, Mgr Petitjean, premier vicaire apostolique du Japon, qui eut la grande joie de retrouver les descendants des chrétiens japonais du XVIe siècle, Mgr Ridel, premier vicaire apostolique de Corée, qui rédigea le premier dictionnaire coréen-français...
Si les Missions Etrangères ont fourni un travail considérable en Asie au cours du XIXe siècle, elles ont dû aussi payer un lourd tribut en personnel. Pendant cette période, 89 missionnaires sont décédés de mort violente dans l'exercice de leurs activités apostoliques. Un certain nombre d'entre eux ont été mis à mort pour le nom de Jésus-Christ, et l'Eglise a reconnu officiellement leur témoignage. Le 6 mai 1984, le Pape Jean-Paul II a canonisé les martyrs de Corée, parmi lesquels se trouvaient dix missionnaires français:
Laurent Imbert, Jacques Chastan, Pierre Maubant, Siméon Berneux, Nicolas Daveluy, Pierre Aumaître, Martin Luc Huin, Bernard Beaulieu, Pierre Dorie, Just Ranfer de Bretenières. Dix missionnaires se trouvaient encore parmi les martyrs du Vietnam, canonisés le 19 juin 1988 : Isidore Gagelin, François Jaccard, Etienne Cuenot, Joseph Marchand, Pierre Borie Dumoulin, Jean-Charles Cornay, Augustin Schoeffler, Pierre Néron, Jean-Louis Bonnard, Théophane Vénard. Trois autres missionnaires seront canonisés avec les martyrs de Chine le 1er octobre 2000 : Gabriel Taurin Dufresse, Auguste Chapdelaine, et Jean-Pierre Néel. La Salle des Martyrs de la rue du Bac entretient le souvenir de ces missionnaires héroïques.

XXème siècle : Le développement du clergé autochtone
Le XXe siècle a été marqué par le développement du clergé autochtone. Des séminaires ont été créés dans la plupart des territoires confiés à la Société des Missions Etrangères. Les prêtres indigènes étaient 600 en 1900, 3800 en 1940, et leur nombre va croître considérablement dans la deuxième moitié du XXe siècle. C'est aussi au cours de ce siècle que les diocèses d'Asie sont passés aux évêques autochtones. Pendant longtemps le Saint-Siège a cru prudent de différer la nomination d'évêques asiatiques, et il a fallu l'action décisive de Mgr de Guébriant pour qu'en 1922, le Saint-Siège constitue les deux premières préfectures apostoliques confiées au clergé chinois. Les nominations d'évêques autochtones vont ensuite se succéder : en 1923 un évêque indien est nommé, en 1926, 6 évêques chinois, en 1927 le premier évêque japonais. La Société des Missions Étrangères a ainsi évangélisé et organisé dans dix pays d'Asie plus de cinquante diocèses qui sont maintenant dirigés par des évêques autochtones.
Avec l'arrivée du communisme en Asie, la présence et l'action des Missions Etrangères en Asie ont fondamentalement changé. Les missionnaires ont été expulsés de plusieurs pays, successivement de Chine, de Birmanie, du Vietnam, du Cambodge, du Laos, et la Société MEP a été contrainte de redistribuer son personnel. Certains missionnaires sont restés en France à cause de leur âge ou pour des raisons de santé. Les autres sont repartis vers de nouveaux territoires, venus s'ajouter aux champs d'apostolat traditionnels, notamment à Madagascar, à l'Ile Maurice, en Indonésie, en Nouvelle Calédonie. Pendant le XXe siècle, la Société des Missions Etrangères a perdu encore beaucoup de ses missionnaires, qui sont toujours restés sur leur lieu de travail au milieu des conflits d'Asie : 105 d'entre eux ont été victimes de mort violente dans leurs missions, et 19 ont été tués à la guerre. La Société MEP compte aujourd'hui 358 membres. Fidèle à sa mission, elle continue, aujourd'hui comme hier, de servir les Eglises qu'elle a contribué à fonder. Base de départ pour les nouveaux missionnaires, le Séminaire de la rue du Bac est devenu aussi, récemment, un centre d'accueil pour les prêtres-étudiants asiatiques.