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La salle des Martyrs des Missions Etrangères de Paris

Un martyr (du grec ancien, « témoin ») est celui qui consent à aller jusqu’à se laisser tuer pour témoigner de sa foi, plutôt que d’abjurer.
« Martyr » appartient essentiellement, et à l'origine, à la terminologie chrétienne ; il doit être différencié du martyre qui est l’acte même de mise à mort ou les tourments infligés.
Située à Paris, au 128 de la rue du Bac , 75007 Paris, la salle des Martyrs est un sanctuaire consacré aux Martyrs Catholiques en Asie.


«Voilà le Pont commencé»

 


1842, le Séminaire des Missions Etrangères, rue du Bac, accueille les restes de Pierre Borie tué 4 ans plus tôt au Vietnam. Un retour qui suscite émotion, engouement et ferveur: Pierre Borie avait quitté le Séminaire en 1830; les circonstances de sa mort étaient bien connues et avaient été commentées depuis longtemps. Un culte s’instaure autour de la châsse du martyr: on l’a placé dans une chambre à l’étage et l’habitude est prise – qui devient un rite du séminaire – de passer chaque jour un moment à cet endroit.
La châsse de Borie n’est pas longtemps isolée: on adresse à Paris les restes d’autres victimes de persécutions au Vietnam et en Chine. L’encombrement des objets dans cette petite pièce à l’étage et l’affluence des visiteurs font qu’en 1867 on déménage au rez-de-chaussée: on s’adapte à la demande de l’extérieur.
Les béatifications dans le premier quart du XX° siècle entraînent d’autres modifications ou déplacements: des châsses monumentales ont été confectionnées et on peut toujours les apercevoir de part et d’autre des escaliers menant à la crypte.
Poursuivant son mouvement descendant, la Salle des Martyrs est passée aujourd’hui du rez-de-chaussée à un niveau plus bas que celui de la crypte.
La cangue levée de Saint Borie
Un objet, mis en situation insolite, n’entre à première vue dans aucune série: la cangue levée de Pierre Borie. Elle forme dans la Salle un axe: elle est inévitable. Symbole sec, épuré.
C’était une entrave passée au cou des prisonniers. Cela ressemble ici à une échelle en bois. Elle occupe dans la Salle des Martyrs une situation qu’on pourra non sans raison rapprocher de celle de la croix plantée dans la crypte. Placez-vous là, prenez ce point de vue: vous pouvez regarder tout le reste.
Si la cangue forme un axe, on perçoit les «boîtes à outils» métalliques placées aux murs, sous les tableaux, comme le point de fixation de rayons qui en partiraient. Ces «boîtes» contiennent les chaînes, cordes, couteaux, poignards; l’outillage fruste et monotone de la violence et de la cruauté. Si proche des outils usuels des beaux métiers et comme détournés de leur usage humain et ordinaire.
On s’interroge à leur vue sur les hommes qu’étaient nos devanciers et sur ce que furent les chemins qui les conduisaient à ce genre de mort qu’est le martyre. Ces souvenirs sont disposés sous trois grandes arches de bois à vitrines verticales qui n’arrêtent pas le regard mais associent librement les choses qu’elles contiennent à ce qu’on peut voir au delà : d’autres objets, les tableaux en perspective.
Débuts et principes
Sous l’une des arches, allusion aux origines et aux structures de la Société (les Missions Étrangères, l’étole de François Pallu; différents insignes des Vicaires Apostoliques associés aux Martyrs ou morts eux mêmes de mort violente; enfin, pour faire le lien, quelques documents autographes qui constituent en eux-mêmes un commentaire.
Culte et dévotion: les immuables
La seconde arche accueille trois vitrines. L’une: du signe de la croix, croix de provenances diverses, toutes associées au souvenir des martyrs.
La seconde, avec de menus objets de piété mariale, témoigne, dans des contextes où sévit la persécution, d’une piété constante, tenace, qui résiste à tout.
La troisième vitrine présente des objets pour la célébration de la messe. Ce qui est montré là, c’est assez souvent de la qualité dite de «Saint Sulpice», c’est à dire des fabrications en série bon marché; plusieurs objets ont été exécutés en Asie sur des modèles occidentaux! Mais il y en a qui, fabriqués au Japon, sous des apparences anodines, recèlent des symboles chrétiens: objets clandestins.
Hospitalité
Sous la troisième arche, on montre: robes tonkinoises, chinoises, bure tibétaine! des vêtements assez exotiques portés par des martyrs. Il y a des objets personnels qui signalent des usages étranges pour nous ou qui témoignent d’une hospitalité offerte et reçue, en tout cas, l’adoption d’habitudes différentes, alimentaires, vestimentaires, un art de vivre “las-bas”, comme chez soi.
Jeu -Intermèdes
Cette vitrine est faite pour un rapprochement ludique d’objets longs présentés sur un râtelier. La canne de Théophane avec ses inscriptions à l’encre: façon de marcher. La lorgnette de Chapdelaine: manière de voir. La flûte de Brieux pour l’enchantement. Mais un grand coutelas posé en bas évoque un destin. Des montres arrêtées: le temps compté…
Un carnet de route à la mort où se lisent des vers de mirliton qui émeuvent. Une pelote basque au fond de la poche, au creux de la paume quand elle n’est pas en jeu.
Tout cela est hétéroclite comme ce que la vie abandonne. On recrée soi-même une harmonie quand on regarde.
Lettres et témoignages
Diversité des écritures qui dessinent des destinées. Il revient à l’esprit en lisant des expressions du Prieur de Tibhirine égorgé en Algérie. «Quand un a Dieu s’envisage»...
Avec un peu de patience, entre autres documents, vous déchiffrez une lettre de Mauban en Corée avril 1837 à Chastan qui s’apprête à le rejoindre: il convient avec son confrère, petit dessin griffonné à l’appui, de signaux à placer sur des barques... Ou ce mot de Chastan : «aujourd’hui 6 septembre vers les 3 heures du matin est arrivé un ordre réitéré de Monseigneur d’aller au martyre...».
Routes, itinéraires
Dans l’un des trois meubles bureaux, on voit des documents originaux qui montrent diverses situations d’hommes en route, les moyens qu’ils mettent en œuvre pour se rendre sur les lieux de leur mission et s’y tenir, les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs déplacements.
Passages, Reliques, souvenirs
La Salle des Martyrs et la Crypte dans le prolongement l’une de l’autre se partagent la mémoire des martyrs: nous avons établi une distinction de principe, peut être arbitraire dans la dénomination mais utile pour une présentation: nous appelons «reliques» les restes des corps saints et «souvenirs» tous les autres objets relatifs au martyre et à ceux qui l’ont subi. Les souvenirs sont à la Salle des Martyrs, tandis que les reliques seront désormais à la crypte et sur les deux passages d’un lieu à l’autre.
La mémoire et l’Eucharistie
À la crypte, le Tombeau est prêt. Mais il ne remplit pas encore toutes ses fonctions: sous l’impressionnante liste gravée dans la pierre des noms des martyrs des Eglises d’Asie se trouvent des caissons à abattants en bois; des urnes reliquaires en projet y seront placées à mesure que nous célébrerons dans l’année les fêtes des Martyrs. Ainsi, en faisant le tour de ce tombeau, on aura peu à peu une sorte de cadran du Propre de la Société apte à rappeler des anniversaires. Les urnes reliquaires feront l’objet d’ostensions sous l’autel au jour de la fête des martyrs. De la sorte, on voit que le Tombeau n’est pas un bloc à part, uniquement assigné à des dévotions personnelles: il appartient étroitement au temps de la liturgie, à l’espace de la célébration eucharistique signalé, lui, par la croix, l’autel, l’ambon, dans le quadrilatère des sièges de l’assemblée et de son président.